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samedi 7 septembre 2013

L'Assassin Royal, de Robin Hobb







Cela fait une dizaine d'années que je n'avais pas relu cette saga. Cette série s'est imposée comme un coup de coeur, et j'avais alterné VF et VO pour avoir ma dose à intervalles supportables. C'est donc avec grand plaisir que je m'y replonge.

L'auteur : De son vrai nom Margaret Astrid Lindholm Ogden, cette romancière et nouvelliste née en 1952 est connue sous les pseudonymes Megan Lindholm et Robin Hobb. Le deuxième pseudo est sans doute le plus connu suite au grand succès du cycle de L'Assassin Royal dès la parution de son premier volume en 1995. Mais elle avait déjà écrit divers récit en utilisant le nom de Megan Lindholm dès la fin des années 70. L'utilisation de deux pseudos n'est pas anodine, et j'y reviendrai dans un futur billet.

Tome 1 : L'Apprenti Assassin

Illustration : Vincent Madras


Présentation de l'éditeur : Au Royaume des Six-Duchés, le prince Chevalerie, de la famille régnante des Loinvoyant - par tradition, le nom des seigneurs doit modeler leur caractère - décide de renoncer à son ambition de devenir roi-servant en apprenant l'existence de Fitz, son fils illégitime. Le jeune bâtard grandit à Castelcerf, sous l'égide du maître d'écurie Burrich. Mais le roi Subtil impose bientôt que Fitz reçoive, malgré sa condition, une éducation princière. L'enfant découvrira vite que le véritable dessein du monarque est autre : faire de lui un Assassin Royal. Et tandis que les attaques des pirates rouges mettent en péril la contrée, Fitz va constater à chaque instant que sa vie ne tient qu'à un fil, celui de sa lame. 




La première chose à savoir est que l'histoire nous est racontée par Fitz lui-même. Mais un Fitz qu'on imagine d'âge mûr, voire plus vieux tant il paraît usé (je ne vois pas d'autres mots) dans certains de ses commentaires et tant le décalage est grand avec les pensées et émotions d'enfant qu'il rapporte.

A travers le tout début du tome, on comprend que le Fitz âgé tente d'écrire une chronique des Six-Duchés. Or, il a par sa seule naissance été partie prenante de l'une des périodes les plus importantes pour le Royaume, et c'est presque par inadvertance que la chronique tourne à l'auto-biographie. Cet effet de narration est très bien réalisé par l'auteur. On y croit et cela facilite l'immersion dans l'histoire. Cela permet aussi d'introduire, au début de chaque chapitre, des éléments tirés des mémoires de Fitz qui sont directement liées à l'intrigue de ce tome - ou même d'autres à venir, mais n'allons pas trop vite.

Alors bien sûr il s'agit surtout de faire l'introduction de certains personnages et éléments de l'univers du cycle, même si ce tome possède aussi une espèce de mini-conclusion sans que cela fasse artificiel. Le récit de Fitz commence avec ses souvenirs de l'époque où, alors qu'il avait 6 ans, son grand-père maternel s'est débarrassé de lui en le ramenant vers son père. De sa mère, pas de souvenir. Par son héritage paternel, Fitz est apte à apprendre l'Art - une forme de magie qui consiste en une sorte de télépathie améliorée. Mais le détestable Galen - le maître d'Art - fera tout pour saboter son apprentissage. Dans le même temps, Fitz possède une grande affinité pour le Vif. Cette deuxième forme de magie est plus instinctive et brute : son effet le plus spectaculaire est la capacité à se lier à un animal au point que homme et animal s'influencent mutuellement.

La situation évolue très vite et c'est finalement Burrich, un serviteur de Chevalerie, qui s'occupera de Fitz au château de Castelcerf. Le maître d'écuries lui apprend à soigner les animaux, et se charge de son éducation dans les premières années. Plutôt bourru, il n'est pas très doué pour témoigner de son affection et Fitz mettra longtemps à se rendre compte qu'ils partagent un lien presque filial. Mais l'aversion de Burrich pour le Vif sera une source continuelle de tension entre ces deux-là.

Vient le moment où le roi Subtil décide d'utiliser son petit-fils bâtard à son avantage. Il s'assure de sa fidélité, fait passer son éducation au niveau supérieur, et surtout il le confie à son maître espion et assassin Umbre. Dans ce premier tome, c'est probablement la relation entre Fitz et Umbre qui progresse le plus vite. Robin Hobb fait du bon travail en ne développant pas trop vite ses personnages et leurs relations - après tout, Fitz n'a que 14 ans à la fin du tome et nous en sommes encore à sa construction en tant que jeune homme.


Les Six-Duchés sont en danger. Les Pirates Rouges font des ravages, et finissent même par faire planer la menace de la "forgisation". C'est un mal mystérieux qui prive ses victimes de toute forme de sentiment et les dépouille de tout ce qui faisait d'eux des êtres humains. L'oncle de Fitz, le prince Vérité héritier du trône, fait tout ce qu'il peut pour les combattre au point de risquer de se tuer à la tâche. Vérité a tout de suite manifesté beaucoup de sympathie pour le bâtard de son grand frère, et une relation de confiance (et de loyauté de la part de Fitz) se développe par à-coups entre ces deux là. Tout le contraire de Royal, le troisième fils du roi, dont l'agenda semble contrarié par l'existence de Fitz.

Il y a encore deux personnages qu'il faut vraiment mentionner. D'abord le Fou, qui est probablement le personnage le plus intrigant et dont on attend de voir comment il va être développé et utilisé par l'auteur. Il ne semble vouloir que du bien à Fitz, et on sent les prémisses d'une amitié entre ces deux là. Et puis, il y a l'arrivée soudaine de Patience, la femme légitime du père de Fitz. Leur rencontre et les débuts de leurs rapports, tout en gêne et en maladresses, sont extrêmement bien gérés. Patience est une bouffée de fraîcheur dans le château : la seule dame noble qui semble digne d'intérêt pour l'instant. Une manière d'expliquer et de souligner l'amour particulier entre elle et Chevalerie.

Ouf. J'ai été un peu long, mais il fallait bien ça pour introduire cette saga. Et puis ça permettra d'être plus court dans les billets pour les autres tomes. Car relire ce premier tome n'a fait que renforcer mon envie de redécouvrir cette série.

Lecture pour le Big Challenge et le Baby Challenge Fantasy 2013 de Livraddict.








Illustration :
Sofiane Tilikete

Présentation de l'éditeur : Les Pirates Rouges sèment la mort et la désolation dans les Six-Duchés. Le Royaume est affaibli et ne dispose que de peu de ressources pour les combattre. Le roi est seul, entouré d'une cour qui intrigue, d'une armée qui doute et... d'un assassin royal.
Fitz, le bâtard princier, est devenu une arme redoutable et redoutée. Il maîtrise le Vif - la faculté de communiquer avec les animaux - et devient expert dans l'Art. Guerrier accompli, rompu à toutes les façons de tuer, il personnifie autant la justice du roi qu'il est le chevalier servent du prince Vérité.
Mais il est aussi un obstacle pour le prince Royal qui veut accéder au trône, et nombreux sont ceux qui souhaitent sa mort...

La quatrième de couverture contient des incohérences avec le récit parce que celle-ci est le fait de l'éditeur. La plus flagrante est d'écrire que Fitz devient expert dans l'Art. Les effets de l'agression du maître d'Art Galen dans le premier volume persistent, et la capacité d'artiser de Fitz demeure erratique dans ce tome. Ce qui est exact par contre, c'est que Vérité et Fitz vont travailler un peu ensemble pour améliorer cet état de fait. Quand à savoir à quel point ce sera efficace, c'est à nous de le découvrir.

Ce tome couvre une durée plus restreinte que le premier. On peut donc s'attendre à ce que cette période soit particulièrement intense et importante. Si elle s'avère effectivement cruciale du point de vue de l'évolution de Fitz, c'est incroyable ce qu'elle semble peu intense à première vue. Surtout comparée au tome précédent et à sa conclusion. Mais il ne faut pas s'y tromper et y voir plutôt le talent de Robin Hobb pour décrire des évènements tout à fait raisonnables (pas de grandes envolées épiques ou lyriques) et la manière dont le personnage les vit et évolue par ces évènements.
Signe de l'importance pour Fitz, le récit est encore plus resserré autour de lui. Umbre est presque absent de ce tome : il est parti pour mener de mystérieuses affaires. Bien que toujours très liés, Fitz et Burrich ne peuvent pas être si proches que cela à cause de leurs occupations respectives. Les contacts entre le roi et son petit-fils bâtard se font très rare au cours des mois couverts par ce tome, et même le Fou fait légèrement moins d'apparitions. Fitz n'en est pas complètement isolé pour autant, et l'approfondissement de ses relations avec d'autres personnages va l'amener à une profonde réflexion sur sa vie et son rôle.

La fidélité de Fitz envers son oncle Vérité s'est fortement intensifiée et il se met à oeuvrer beaucoup dans l'intérêt de l'héritier. Par amitié et par devoir, il va aussi faire tout son possible pour aider et soutenir Kettricken qui fait ses premiers pas en tant que reine-servante. Il finit par jouer souvent un rôle délicat entre ces deux époux qui n'ont pas le temps d'apprendre à se connaître et de se rapprocher. Pour ne rien arranger, Fitz doit protéger Kettricken des manigances plus ou moins violentes dont elle est la cible.

En parallèle, Fitz apprend à la dure qu'il ne pourra jamais vivre sa vie comme il l'entend. C'est Patience qui lui met les points sur les i : son statut de bâtard ne le laissera jamais complètement libre, et surtout pas en ce qui concerne la vie amoureuse. Car les pensées du jeune homme sont de plus en plus envahies par son amour de jeunesse Molly. Ses sentiments feront office de déclencheur dans un conflit entre ses aspirations, ses serments et son destin. 
Le jeune homme va devoir faire des choix, et il n'est même pas dit que les circonstances lui laissent toute liberté pour ça. La menace extérieure des Pirates est en sourdine à cause de l'hiver, mais les menaces internes abondent. En particulier, les forgisés se mettent à agir de concert et ils semblent converger sur Castelcerf. On en sait toujours aussi peu sur eux, et on n'a aucune indication sur leurs intentions : ont-ils seulement un but propre ? Ou peut-être sont-ils au service des plans inconnus des Pirates ? 
Autre menace : Royal n'a pas abandonné ses malversations. Sa capacité de nuire est encore accentuée puisque ses plans se font plus vastes et à plus long terme : les victimes de ses plans se multiplient (Kettricken, Subtil, Fitz, etc) et on voit qu'il sera une épine douloureuse et persistante dans le pied... de tout le monde. 
Pour ne rien arranger, il semblerait si l'on en croit le Fou que le rôle de Fitz est encore beaucoup plus important que tout le monde le pense. Les aspirations personnelles du jeune homme devront donc peut-être faire face au poids du destin des Six-Duchés et de tous ceux qui y vivent.

Il n'est pas étonnant alors que Fitz est souvent au bord de la surcharge et qu'il soupire de plus en plus après une vie qui lui serait propre, sans devoir obéir à tout bout de champ et constamment s'inquiéter de tous les autres. Et comme il est visiblement né avec une certaine poisse, les choses sont encore compliquées par sa sensibilité au Vif qui ne lui laisse pour ainsi pas d'occasion de se retrouver seul avec lui-même, en particulier après avoir pris un jeune louveteau maltraité sous son aile.
Heureusement il y a aussi des choses qui progressent du bon côté et permettent au jeune homme de tenir le coup. Et même si le récit est très concentré sur l'évolution de Fitz, ses relations avec son entourage sont loin d'être négligées. C'est encore du côté de Patience qu'on trouve les moments les plus satisfaisants, puisque leurs rapports continuent de s'approfondir et que leur relation devient de plus en plus importante pour eux et pour le lecteur.

Ce deuxième tome est donc finalement bien plus riche en évènements qu'à première vue, et en conséquences pour le jeune bâtard dont le destin semble de plus en plus lié à celui du Royaume. Il ne reste plus qu'à voir les graines germer dans les prochains volumes et à voir comment les choses évolueront sur les nombreux sujets abordés. La capacité de Robin Hobb à complètement immerger son lecteur dans le récit ajoute à la qualité, pour encore un excellent moment de lecture.


Illustration :
Vincent Madras

Présentation de l'éditeurRavagé, pillé, le Royaume des Six-Duchés plie sous le joug de l'envahisseur. Les navires de guerre ne parviennent plus à tenir les Pirates Rouges en respect.L Dans le pays, les dissensions éclatent entre les duchés côtiers, qui doivent supporter les incessantes attaques de l'ennemi, et les duchés intérieurs qui se désintéressent de leur sort. La cour elle-même, où le vieux souverain est manipulé par Royal, n'est plus qu'un tissu d'intrigues où règnent en maîtres le soupçon, la traîtrise et le mensonge. Ainsi le Prince Vérité décide-t-il d'entreprendre une quête insensée : aller trouver les Anciens, par-delà les Montagnes, pour leur rappeler leur serment de venir en aide au Royaume dans ses heures les plus sombres.


Voici donc le tome qui, avec le précédent, constitue un seul volume dans la version originale. Le récit reprend donc dans la continuité directe du tome 2, à l'époque de la Fête de l'Hiver et la description du sursaut des Six-Duchés : les premiers navires de guerre sont enfin terminés et il est temps d'entraîner les équipages. Quand Vérité établit ses lignes de défense, on voit que les Six-Duchés payent le prix de leur stagnation passée. Seulement quatre navires, des guerriers peu d'expérimentés, quelques tours de guet et trop peu d'artiseurs pour établir une surveillance suffisante. Et bien sûr Fitz qui est maintenant capable d'héberger la présence de son roi-servant et d'être ses yeux et oreilles en direct de plus en plus longtemps, ainsi que sa voix quand il le faut. Pour ces raisons Vérité le place au début du roman sur l'un des navires et Fitz, qui commence à se débrouiller avec une hache, se forme donc à la navigation. Mais ces ressources sont bien maigres et il devient vite évident qu'elles ne suffiront pas à inverser la tendance.

De fait, après quelques succès encourageants, les choses se gâtent à nouveau et les forces du Royaume connaissent des difficultés qui réduisent leur efficacité. A ce rythme les Pirates Rouges emporteront la victoire, quelque soit leur mystérieux objectif. Le roi-servant prend alors une décision difficile et déchirante : il part à la recherche des Anciens, dont la légende prétend qu'ils devront respecter une ancienne promesse et sauver la situation. Décision difficile parce que Vérité sait qu'on prendra sa quête au mieux pour une folie et au pire pour une désertion. Aussi parce que c'est un pari très incertain : l'existence même des Anciens n'est pas établie. Et décision déchirante parce qu'il laisse derrière lui son père affaibli et surtout sa reine pour le représenter alors qu'ils commencent enfin à se trouver. Or il est conscient que le danger est tout proche : il les laisse sous la menace des intrigues de Royal, ne pouvant qu'espérer que ses partisans pourront tenir la situation et que son absence ne sera pas trop longue.

Mais tout le monde sous-estime Royal. Très peu mesurent l'étendue de son ambition et jusqu'où il est prêt à aller. Ce n'est pas le cas de Fitz mais il ne peut tout résoudre à lui tout seul. D'abord il ne connaît pas les cartes de son adversaire, et il doit réagir tant bien que mal au fur et à mesure. Ensuite il a moins de ressources et ne peut pas être partout. Il retourne au château quand Vérité se lance dans sa quête, mais doit reprendre la chasse aux forgisés, conseiller Kettricken et maintenir les apparences pour ne pas trahir son vrai rôle. Son engagement auprès des Loinvoyant complique sérieusement sa relation avec Molly qui connaît donc des hauts et des bas. Son lien avec Oeil-de-Nuit est un réconfort, mais ne l'aide pas toujours à affirmer sa propre identité. Même chose pour son lien d'Art avec Vérité. Fitz n'est pas au mieux de sa forme. Enfin, il ne se rend pas toujours compte de la capacité d'adaptation de Royal, de son aptitude à saisir les occasions, ni d'à quel point il est bien informé.

La leçon de ce tome est donc de ne pas sous-estimer Royal. Il joue son jeu avec précaution mais résolution et très souvent avec maîtrise et intelligence. C'est par l'intermédiaire du Fou que nous apprenons avec Fitz que Royal n'a pas qu'une facette. Cela ne modifie pas énormément la situation, et ne rend pas le personnage moins antipathique, mais contribue à lui donner une épaisseur bienvenue. Il se révèle, pour l'instant, un antagoniste réussi à plusieurs points de vue. La tâche est bien rude pour Fitz qui semble ne même pas pouvoir sauver les meubles (littéralement) à Castelcerf.
Le jeune homme ne reste pas inactif. Il a certains soutiens, tout limités qu'ils soient. Il est loyal et déterminé. Il progresse et évolue. Avec astuce, mais surtout au prix de beaucoup d'efforts et de souffrance, il parviendra peut-être à sauvegarder l'espoir ténu que tout n'est pas perdu. A quel prix ?

Au milieu de tous ces évènements, Robin Hobb parvient encore à approfondir ses personnages et leurs relations. L'amour de Patience pour Fitz apparaît de plus en plus fort et touchant. Kettricken est toujours aussi attachante, Umbre se surpasse, le passé de Burrich est mis en avant, le Fou joue son mystérieux rôle de façon toujours aussi troublante. L'auteur met en avant certains personnages qui paraissaient insignifiants quand elle les avait introduits dans le premier tome. Elle nous réserve même quelques révélations pleines de surprises. Un grand moment. Les trois tomes suivants, qui n'en sont qu'un en version originale et concluent le premier cycle, seront passionnants.


Illustration :
Sofiane Tilikete

Présentation de l'éditeur : Les Pirates, de plus en plus audacieux et téméraires, ont commencé leur invasion dévastatrice. Royal le fourbe, après avoir assassiné le souverain légitime, est monté sur le trône des Six-Duchés. Avec son entourage, le lâche usurpateur s'est replié à l'intérieur des terres, dans son fief natal, certain de ne plus être inquiété par Fitz-Chevalerie, son ennemi intime, qu'il croit mort.

Grossière erreur, car le jeune Bâtard, retiré loin de la Cour, caché, est toujours vivant. Bien décidé à se venger. Mais il lui faut d'abord réapprendre à vivre, sous la patiente égide de Burrich et d'Umbre. Et choisir sa voie : celle de la civilisation... ou celle d'une empathie plus forte que jamais, grâce au pouvoir du Vif, avec Oeil-de-Nuit ?


Pour rappel, il s'agit du premier des trois tomes qui en VO forment un volume à part entière. Autant le dire tout de suite : le découpage dessert un peu ce tome. Ce n'est pas que le moment de l'interruption soit particulièrement mal choisi, mais il faut reconnaître que la part couverte dans ce tome 4 n'est pas forcément très exaltante au niveau de l'action.

Cela dit, ce désagrément est bien faible comparé à la qualité indéniable du récit. Et ce tome est en fait très riche, même si ce n'est pas en action. Il est par exemple riche en émotion. Nous commençons avec un Fitz qui doit se réapproprier son identité et sa nature humaine : l'état mental dans lequel il se trouve après avoir réintégré son corps est tout simplement tragique. Il mettra beaucoup plus de temps qu'il ne l'avait cru lui-même pour ré-établir tout à fait sa personnalité, avec au départ des rechutes à l'état sauvage. Il y a aussi les séquelles psychologiques de la torture qui l'a marqué durablement : tandis que son corps se remet lentement, le souvenir de ce qu'il a vécu le plonge dans des instants d'une terreur qui le paralyse au sens propre. Et avec la plume de Robin Hobb, autant dire qu'on est littéralement aux premières loges et que les angoisses du jeune homme nous affectent directement.

Le besoin du jeune bâtard d'affirmer son identité est d'autant plus grand qu'après la mort du roi Subtil il doit retrouver un point d'ancrage. Bien sûr il y a sa loyauté à Vérité, mais dans son état elle semble moins contraignante que les promesses formelles qui le liaient à Subtil. En outre, le Bâtard au Vif est mort aux yeux de presque tout le monde, ce qui constitue une occasion unique pour lui de pouvoir peut-être mener la vie qu'il souhaite. Or, il n'est plus pensable pour lui de retrouver Molly après la manière dont ils se sont quittés. Mais de toute façon Fitz se découvre vite un autre but personnel : la vengeance. Car les cicatrices psychologiques ne suffisent pas à étouffer cette aspiration. Pour s'assurer de mener ce projet par et pour lui-même, il va jusqu'à couper les ponts de lui-même avec les deux seules personnes qui le savent encore en vie, Umbre et Burrich. C'est donc seul avec Oeil-de-Nuit qu'il entame le voyage qui le mènera, avec un peu de chance, vers son objectif de vengeance.

Se retrouver complètement coupé de tous ceux pour qui il a compté l'amène à ressentir encore plus intensément leur perte et la nostalgie de la vie qu'il a perdue. Cela l'amène également à considérer d'un autre oeil les relations qu'il avait avec eux et leur importance pour lui. Les passages où il évoque le souvenir des êtres qui lui sont chers sont déchirants, mais peut-être pas autant que ceux où il se remet fortement en question maintenant qu'il est seul responsable de lui-même. C'est par exemple très difficile de le voir se demander très sérieusement s'il a quoi que ce soit à voir avec ses actes de bravoure passés, et s'il n'est pas au fond un lâche dont les réussites ne sont dus qu'au fait qu'il obéissait à Umbre, Burrich et Vérité. Et il y a aussi un passage à vous crever le coeur à la fin du tome, mais je ne veux pas vous en dire trop et gâcher votre lecture.

En dehors de cela, il ne faut pas négliger les nombreuses choses qui se passent dans ce roman, même si ce n'est pas de l'action pure. D'abord, la situation des Duchés côtiers devient de plus en plus désespérée avec les Pirates qui se mettent à établir quelques petites têtes de pont. Nous n'avons qu'une description parcellaire de la situation à Castelcerf, qui est loin d'être brillante malgré le courage et les efforts de Patience - qu'on admire de plus en plus avec ce tome. On a aussi l'occasion de découvrir un tout autre aspect des Six-Duchés avec le voyage de Fitz vers les Duchés de l'Intérieur, avec un contraste incroyable avec la situation sur les côtes, ainsi que les conséquences des manoeuvres de Royal qui sont bien près de briser définitivement et durablement l'unité du Royaume. Cela permet de donner une très bonne idée de la tâche harassante qui était celle de Subtil et sera celle de Vérité pour régner, si toutefois il parvient à revenir et à récupérer le trône qui lui revient.

Le sort du Fou et de Kettricken est extrêmement incertain et très peu d'informations nous sont données à ce sujet. Mais comme je l'ai dit il ne s'agit que d'un fragment du volume original et il n'est donc pas étonnant que tous les fronts n'y soient pas traités. Par contre, Robin Hobb lève un petit coin de voile sur la communauté de ceux possédant et vivant harmonieusement avec le Vif, qui se désignent d'ailleurs plutôt comme les membres du Lignage. Cela donne lieu à des passages très intéressants et très alléchants, qui laissent espérer que Fitz pourra en apprendre beaucoup plus sur cette magie tellement méprisée par ailleurs.




Illustration :
Vincent Madras
Présentation de l'éditeurLe roi Vérité est vivant ! Il a imposé une ultime mission à Fitz : "Rejoins-moi !" Loin sur les sentiers mystérieux de l'Art, au-delà du royaume des Montagnes, le jeune homme se met en quête pour répondre à l'appel de son souverain affaibli. Mais il reste seul, pourchassé par les forces de Royal, l'usurpateur, et sans possibilité de compter sur ses propres alliés, qui le manipulent comme un simple pion. Or d'autres forces sont en marche... Au cours de son périple, Fitz va en effet se voir révéler sa véritable mission : c'est par lui que s'accomplira, ou sera réduit à néant, le destin du royaume des Six-Duchés. Et c'est là une charge bien lourde à porter quand on est traqué par ses ennemis, trahi par ses proches, et affaibli par la magie.


Contrairement au tome précédent, le choix de l'endroit où celui-ci s'interrompt est plus discutable tant la fin de ce tome paraît complètement abrupte. L'autre différence avec le tome précédent, c'est la couverture que je trouve bien plus belle et réussie que celle du tome 4 - qui n'est d'ailleurs plus utilisée dans les rééditions récentes.

Après sa tentative ratée pour tuer Royal, Fitz se met en route pour le royaume des Montagnes, mû par l'ordre de Vérité de le rejoindre. Evidemment son voyage ne se passera pas sans problème et c'est encore une fois brisé par les blessures qu'il arrivera Jhaampe. Alors qu'il avait prévu de ne pas reparaître devant ses proches et de partir seul à la recherche de son roi, sa convalescence force les retrouvailles avec Kettricken et Umbre. Les retrouvailles sont pour le moins tendues, parce que les aspirations des uns et des autres se heurtent fortement à leur place dans le monde, leur devoir et les aspirations des autres. C'est d'autant plus vrai pour Fitz, qui risque maintenant de devoir sacrifier bien plus qu'il n'est prêt à l'accepter. Cela dit, les liens et l'affection entre les personnages sont trop forts pour être irrémédiablement compromis, et c'est principalement une question de temps avant que les barrières entre eux ne disparaissent à nouveau.

Ceci ne concerne pas l'amitié entre Fitz et le Fou, que dès le départ rien ne semble pouvoir assombrir. Leurs retrouvailles sont à la fois émouvantes et simples. La profondeur et la force de leur relation est rendue particulièrement palpable par la sensibilité incroyable que l'on devine chez le Fou. En outre, leur réunion est aussi celle du Prophète Blanc et de son Catalyseur, marquant le retour de la problématique de leur destin et du caractère essentiel de la quête de Fitz non seulement pour les Six-Duchés mais pour le monde entier.

Au final, c'est accompagné de Kettricken, du Fou, d'Astérie, de la nouvelle venue Caudron et bien sûr d'Oeil-de-Nuit que Fitz reprend son voyage à la recherche de Vérité. Quant à Burrich, Molly, Umbre, Patience et Vérité, nous n'avons à cause de l'éloignement géographique de leurs nouvelles qu'à travers les rêves d'Art du jeune Bâtard. A ce propos, ce tome laisse la part belle à la magie des Loinvoyant après le tome précédent qui avait plutôt donné quelques informations relatives au Vif. En fait d'informations précises, c'est plutôt l'étendue de l'ignorance de Fitz et même de la maison Loinvoyant qui est mise en avant. 
Nous apprenons ainsi par exemple, mais sans plus de précision, que l'Art semble pouvoir être utilisé pour façonner des objets, et qu'il aurait une source à un endroit bien précis. Nous avons aussi plusieurs démonstrations de l'attrait que cette étrange magie peut exercer sur ses pratiquants, ce qui au passage offre un regard plus précis sur l'étendue des risques qu'a pris Vérité d'abord en défendant les côtes avec cette magie et ensuite dans son voyage pour trouver les Anciens. Mais tout cela reste enveloppé de beaucoup de mystère. On devine que la mystérieuse Caudron pourrait apporter un peu de lumière sur certains de ces sujets, mais pour des raison qu'on ignore encore elle rechigne à s'ouvrir aux autres membres de l'expédition.

Le début du tome est aussi l'occasion d'une réunion entre Fitz et Oeil-de-Nuit après une brève séparation, et leur lien prend une nouvelle dimension dans ce tome. Oeil-de-Nuit commence à être durablement marqué par son lien avec Fitz, et son caractère se teinte peu à peu de certains traits humains au premier rang desquels un humour pince sans rire assez rafraîchissant  Entre lui et le Fou, certains passages contiennent une légèreté bienvenue et qui avait disparu depuis quelques temps.

Nous nous approchons maintenant de la fin du Premier Cycle de l'Assassin Royal, avec le sentiment que la tâche de Fitz est écrasante. Retrouver Vérité n'est que le sommet de l'iceberg, la mission urgente qui vient en premier. Il reste encore à renverser l'usurpateur Royal, sauver les Six-Duchés des Pirates Rouges et relancer le royaume sur la voie de la stabilité et de la prospérité. En tant que Catalyseur, Fitz est censé avoir le potentiel pour réaliser tout cela. Mais il lui faut pour cela lutter contre la marche du temps et du destin eux-mêmes. Et bien sûr, il reste à savoir quel prix devra être payé pour le succès.



Illustration :
Vincent Madras
Présentation de l'éditeurA la tête d'une déroutante procession - la reine Kettricken, la propre femme de Vérité et le dernier espoir de voir la lignée des Loinvoyants se perpétuer, la mystérieuse Caudron, Astérie la ménestrelle et le Fou -, Fitz poursuit son chemin sur la voie magique. Une quête toujours plus ardue car incessante est la traque menée par Royal, son ennemi juré, et ses meilleurs artiseurs et soldats d'élite, pour les retrouver et les tuer. S'enfonçant avec difficulté dans une contrée oppressante habitée d'étranges présences, ils croisent peu à peu de gigantesques statues, jusqu'à voir bientôt se dresser devant eux une imposante carrière de pierre noire. Mais où se terre Vérité et... est-il seulement encore vivant ?


(Je n'ai pas pu m'empêcher de corriger la présentation de l'éditeur qui décrit Kettricken comme la femme de Chevalerie !)

Dans ce tome nous avons droit au final grandiose du premier cycle de L'Assassin Royal, où les questions trouvent des réponses - du moins les principales - et les évènements leur conclusion. Difficile d'en parler sans en révéler trop.

Une différence notable avec les tomes précédents est que cette fois les éléments typiques de la fantasy (magie, dragons, etc) sont le ressort principal de l'histoire. En un sens cela introduit un certain déséquilibre dans le cycle, que certains regrettent, entre les trois premiers tomes très axés sur les intrigues de la Cour de Subtil et les trois derniers qui se concentrent plus ou moins sur la magie. Pour ma part je pense que c'est largement compensé par le fait que le Vif et l'Art sont par nature tirés et nourris de la sensibilité, les sentiments, des personnages et de leurs liens. Ainsi ce qui unit ce cycle c'est bien la place centrale des personnages et des relations qu'ils tissent entre eux. Pas étonnant de ce point de vue que le personnage principal soit doué des deux types de magie.

Dans ce tome encore Robin Hobb fait un travail assez incroyable sur les personnages. On tremble pour eux, on a mal pour eux de bien des manières, et l'on est ému de la façon dont ils luttent ensemble contre l'adversité. C'est d'autant plus remarquable que tout ceci nous est transmis via la sensibilité et l'empathie de Fitz : dans ce genre de narration où nous n'avons le point de vue que d'un seul personnage, il n'est pas si facile d'arriver à ces résultats. Ainsi les traumatismes d'Astérie, les regrets de Caudron, la peine et la dignité de Kettricken, les souffrances du Fou et les sacrifices de Vérité nous troublent par l'authenticité de leur description et l'émotion qu'ils véhiculent. La force émotionnelle est probablement la plus forte quand il s'agit de Kettricken et de Vérité. On apprend tout ce qu'il a traversé et subi, et l'étendue de ce qu'il a donné par amour et devoir envers ses proches et son peuple. Il faut saluer le soin que l'auteur y a apporté alors que le personnage a été longtemps complètement en marge du récit.

Comme la perfection ne semble pas de ce monde, il y a quelques points qui auraient sans doute pu être améliorés. Ainsi, il est vrai que le personnage de Caudron a été maladroitement introduit : son rôle était peut-être trop prévisible. Cela dit le personnage, qui a été plutôt bien travaillé, a apporté un certain nombre de nouvelles pistes à propos de l'Art. Et puis la dynamique un peu humoristique qu'elle fait naître dans ses rapports avec Fitz et le Fou n'est pas dénuée de charme. On peut aussi regretter que Robin Hobb ait choisi à la fin de rabaisser le personnage de Royal à travers le regard de Fitz. Cela dit il y a quand même quelques éclaircissements satisfaisants sur ses plans avant cela qui nuancent le jugement un peu simpliste du jeune bâtard - et le destin du prince usurpateur est bien trouvé.

Mais comme pour les tomes précédents, les petits défauts ne parviennent pas à occulter les points forts et la grande qualité de ce cycle. En particulier, le dénouement est extrêmement bien géré. Certains regretteront peut-être l'apparente rapidité, mais l'essentiel est pour moi la façon dont Robin Hobb a pu teinter la conclusion d'une certaine amertume et de mélancolie. Evidemment c'est surtout du côté de Fitz que l'on trouve cela. Car s'il n'a pas eu à faire le sacrifice de sa vie, il a perdu à peu près tout ce qu'il avait par ailleurs. Quand on fait le compte de tout ce qu'il a accepté et donné, on est un peu soulagé de le voir bénéficier d'une relative tranquillité mais on a surtout le coeur serré en constatant que c'est à peu près tout ce qu'il semble pouvoir obtenir.
Mais tout n'est peut-être pas perdu pour Fitz, puisqu'un deuxième cycle l'attend. Nul doute qu'il sera encore rudement mis à contribution, mais qui sait s'il ne pourra pas en tirer l'occasion d'obtenir enfin ce qu'il mérite ?

2 commentaires:

  1. Si tu penses que tu écriras des billets plus courts par la suite... Tu crois toujours aux miracles :D

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  2. Evidemment, je suis un grand enfant qui croit que tout est possible. Mais vraiment sur ce coup là j'y crois :)

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